À Medellín, un espace de liberté dans un pays en guerre
En ce moment à Medellin, c'est le XIX ème Festival International de poésie (du 4 au 11 juillet), intitulé cette année "El canto de todo el amor del mundo". Bon, à cause de la fatigue du boulot, je n'ai pas spécialement le temps d'y participer. Mais vendredi...
Ce n’est pas un vendredi comme les autres. Le soir tombe sur la ville, mais les cafés et les discothèques sont désertés par leur clientèle habituelle. Il se passe quelque chose, quelque chose qui détourne les gens de leur routine. Il ne s’agit pas d’un trou noir absorbant la lumière et la vie dans la nuit qui commence, mais d’une force qui engendre la gravité, une force dont le foyer central n’est autre que la parole. Des milliers de personnes se dirigent vers le théâtre en plein air situé sur le mont Nutibara. Elles ne vont pas assister à un concert de rock ou écouter le prédicateur à la mode venu de l’au-delà ou du Brésil ; elles se rendent à la soirée d’inauguration du XIVe Festival international de poésie de Medellín, en Colombie.
Certains écrivains, poètes et critiques littéraires s’accordent à dire que la poésie n’est pas pour les masses. Or, à Medellín, des milliers de personnes assistent aux lectures de poésie. Comment expliquez-vous ce phénomène ?
FERNANDO RENDÓN, Directeur du festival: Certains des écrivains, poètes et critiques auxquels vous faites allusion, que je connais, disent aussi que dans leur propre pays la poésie n’a peut-être pas d’importance. A l’origine, la poésie était faite par tous et pour tous. Le poète sevoulait anonyme, et le poème, comme l’Iliade, se transmettait de génération en génération, oralement, se déposant ainsi dans les mémoires. Affirmer que la poésie n’est pas pour les masses revient à dire que la liberté, la vie ou l’amour ne sont pas pour le peuple. A une époque comme celle que nous vivons aujourd’hui en Colombie, ces temps de guerre sale, d’intolérance, de remise en cause des libertés politiques et des droits des citoyens, la poésie s’adresse à la multitude. Elle renforce dans les faits la liberté de réunion et d’expression ; elle contribue à unifier le peuple dans la recherche de la liberté, dans un désir d’élévation spirituelle, dans l’aspiration active à la vérité, à la dignité et à la beauté. Il y en a qui pensent que la poésie ne se trouve que dans les livres, parce qu’ils acceptent que la connaissance ne soit à la portée que d’une minorité de gens. J’ai assisté à Paris à des lectures de poèmes devant un public de cinquante personnes. Elles ont beaucoup de succès. Mais les masses (composées d’individus pensants, dont le nombre ne cesse de grandir) ne s’y sentaient pas invitées. A Medellín, nous avons distribué 80 000 programmes au public du festival. Nous avons invité le peuple. Et ces gens sont transformés par les lectures de poèmes – qui peut le nier ? –, par le contact avec beaucoup des grands poètes de notre temps, qui écrivent et lisent leurs textes à voix haute, sans craindre les foules.
Extraits de l'article paru en français dans Courrier International, Propos recueillis par Darío Sánchez Carballo, texte intégral en espagnol sur Babab.com. On remarquera le choix de courrier International de mettre absolument "guerre" dans le titre...




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